février 2019

28/02/2019 :

Quelques livres parus ces derniers temps évoquent de façon puissante l’Allemagne de l’après-guerre. La construction de l’unité européenne passe par la connaissance mutuelle et le croisement des points de vue. Nous avons remarqué :

Une femme dans Berlin. Journal 20 avril-22 juin 1945. Folio, 9 €. Il s’agit du journal d’une jeune berlinoise, restée volontairement anonyme. Un témoignage où l’on peut déceler l’irréductible dignité de la personne humaine, quelles que soient les épreuves endurées.

Réapprendre à vivre. Aloysius Pappert. Salvator 2019, 15 euros. Dans ce troisième et dernier volet de ses mémoires de guerre, l’auteur nous raconte comment, jeune officier allemand traumatisé par ce qu’il a vécu, il participe à la reconstruction de son pays par des initiatives concrètes. Il rappelle au passage que la solidité de la monnaie allemande dès les années cinquante, le Deutschmark ayant succédé au Reichmark, a été précédée d’une grande purge à l’occasion de laquelle tous les comptes en banque des particuliers et des entreprises furent mis à zéro, mis à part une petite somme allouée à chaque particulier – et des crédits aux entreprises. La valeur de l’ancienne monnaie étant annihilée à cette occasion .

Sale temps pour les Allemands. Itinéraire de Werner Schneider. Prisonniers de guerre allemand en France 1945-1947. Préface de Beate Klarsfeld.18.50 €. Alors qu’il n’a jamais servi en France mais en Norvège, Werner Schneider, jeune sous-officier de l’armée de l’air allemande dont l’itinéraire nous est conté par sa fille Christine née à Autun, est livré aux Français par les Américains, comme 740 000 de ses congénères. Force est de reconnaître, comme l’indique Madame Klarsfeld dans sa préface avec l’autorité que lui confère sa vie de lutte contre l’impunité des criminels de guerre nazis, que “beaucoup de prisonniers de guerre allemands en France ne furent pas traités comme l’exigeaient les conventions de Genève et que beaucoup sont morts dans des conditions mal définies et insuffisamment décrites“. De ce point de vue, ce livre comble une lacune. Seul l’amour des ennemis peut rompre le cycle de la violence.

Cet étrange nazi qui sauva mon père. François Heisbourg. Stock, 20.50 €. Le père de l’auteur, luxembourgeois anti-nazi, put, malgré l’occupation de son pays par l’Allemagne, gagner la France en 1940 (où il croisa l’abbé Pierre dans la Résistance), grâce à un laissez-passer délivré, comme à beaucoup d’autres personnes en danger, non sans complicités, par un “étrange nazi”, le baron von Hoiningen, dont l’attitude évolua de l’adhésion au parti en 1933 à une franche et active hostilité dès 1940, et qui, traduit en justice et condamné, fût à son tour arraché aux griffes du pouvoir de l’époque par d’autres artisans du bien. Au-delà du récit des aventures de ce combattant des deux guerres mondiales, l’auteur se livre à une réflexion pleine d’intérêt sur la banalité du bien qui doit selon lui être non moins mise en avant que celle du mal, mise en évidence par la philosophe Hannah Arendt à l’occasion du procès Eichmann.

A Philémon. Réflexions sur la liberté chrétienne. Adrien Candiard. Cerf. 10 €. Dominicain vivant au couvent du Caire, l’auteur nous invite à redécouvrir la lettre de Saint Paul à Philémon et à travers elle notre liberté de chrétien. Comme dans ses ouvrages précédents, il répond de façon humble, claire et accessible, sérieuse et humoristique, à quelques questions vitales que chacun ne manque pas, tôt ou tard, de se poser plus ou moins consciemment et durablement sur la conduite de sa propre vie. A consommer sans modération.